Dans l'étuve d'un début juillet comme
on aimerait en savourer chaque année, clouée à mon fauteuil, je
regarde, alanguie, la télé. Je ne suis pas allée jusqu'au bout de
l'étape alpestre du Tour, le Tour qui anime les journées ensoleillées
des mois de juillet avec une énorme puissance médiatique malgré les
scandales.
Donc,
le tour, c'est rituel c'est un rendez-vous télévisuel mais l'heure qui
suit le déjeuner est redoutable et nous happe après la digestion. J'ai
subitement les yeux en "capotes de fiacre" en regardant Thomas Voeckler
et ses coéquipiers. Je flotte dans une tiède torpeur et je sombre
littéralement en apesanteur oubliant l'ouvrage et le quotidien. Dans un
air irrespirable, rien n'y a fait, pas même les commentaires laborieux
de deux journalistes ni les cris des spectateurs hurlants comme des
assaillants dans les lacets du col d'Izoard.
Soudain...
dang, dang, dang, dang... que se passe-t-il ? j'émerge brutalement des
profondeurs de la ouate : c'est le voisin d'en face qui tape comme un
damné sur les tôles de son appentis. Me voilà brusquement ressurgir dans
la banalité du quotidien : fini le rêve de piscine, de menthe à l'eau
avec des gros glaçons.
Puis
j'entends des voix venues du tréfonds du jardin, visiblement c'est le voisin d'à côté
qui interpelle sa femme et s'inquiète du sort de sa chemise :
- "Ma chemise, où
c'est-t'qu'tu l'a mise, Artémise ?"
-"Attends un peu qu' j'rrr'passe le col Anatole !"
Eh
bien, voilà : les coureurs du Tour n'ont pas tous passé le col que pendant ce temps-là ma voisine, elle, repasse le col de.... chemise de son Pompier de mari
car il doit défiler, cet après-midi, en tant que chef du Corps des
sapeurs pompiers dans les rues du chef-lieu de canton.
En
attendant, je me raccroche à ma bouée, je refais surface et cette
satanée mobylette qui pétarade encore... Je me tourne vers ma télé pour
voir si les coureurs sont toujours là, le peloton s'effiloche et plonge
dans une descente vertigineuse vers Briançon. Moi, par contre, il ne
faut pas que je replonge alors je me lève.
Les
coups de marteau du couvreur d'en face et la repasseuse d'à côté qui
rit grassement et voilà la sieste massacrée. C'est un constat, avec ou
sans sieste, les gens sont bruyants et bien sûr, on les entend surtout
dès que les beaux jours reviennent : musique, bruits de tondeuse, rire
en cascade.
Un
autre voisin récalcitrant et "sans foi ni loi" se prend pour un
conducteur d'engins de travaux publics. Au volant de tracteurs
appartenant à ses beaux-parents fermiers ou encore perché sur un
tractopelle, il assourdit tout le voisinage de bruits intempestifs
jusqu'à une heure avancée de la nuit.
Le
Maire peut bien en écrire une page entière dans le bulletin "Les Pieds
dans l'eau" : "Mieux vivre ensemble à savoir que l'utilisation d'engins à
moteur ne se font pas après 20 heures le soir, le dimanche et les jours
fériés" notre voisin n'en a cure.
Récemment,
d'autres propriétaires se plaignant régulièrement de ses agissements
sont allés en délégation pour avoir une mise au point. Les voilà partis
décidés et remontés, la langue aiguisée comme un couteau de cuisine.
Tout était si tendu d'électricité que la moindre phrase aurait pu être
vécue comme une provocation, mettant le feu aux poudres.
Le
voisin récalcitrant, d'ordinaire affable, visiblement nerveux tente de
s'expliquer sur sa façon de faire du bruit jusqu'à une heure tardive en
prétextant que lui, il travaille toute la semaine, qu'il faut bien qu'il
trouve le temps de tout faire... donc sous-entendu que "vous, les
retraités qui n'avez rien à foutre, allez vous rhabiller. Je ne connais
pas de règlement qui interdit de travailler et le travail de la terre
ne s'arrête que lorsque le soleil est couché".
Encore très récemment (2025) dans la fraicheur des soirs d'été après la fournaise, nous devions supporter des assauts sonores débridés et particulièrement discourtois de la part de certains habitants qui n'affichent aucun respect pour leurs voisins.
"Faites ce que vous voulez, a décidé le Dieu, mais faites taire ce vacarme de guerre qui m'empêche de rêver !" Gérard Klein dans les "Seigneurs de la Guerre".


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