Chronique d'un village

Ce blog est destiné à vous narrer sous une forme satirique et humoristique les petites histoires d'un village que j'ai surnommé Garsson - c'est un village imaginaire que vous ne trouverez donc nulle part dans l'annuaire des villes et villages de France - mais il comporte de nombreuses analogies avec celui où je vis depuis une trentaine d'années.

Pendant tout ce temps et suite à des évènements divers, j'ai connu tous les ingrédients qui pourraient alimenter une sorte de gazette de village - celui-ci pourrait d'ailleurs se situer partout et n'importe où dans l'hexagone - à travers ses mœurs séculaires, ses non-dits et ses petites querelles mesquines.

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher.
Ils meurent, doucement, avec le bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher...

Henry Bataille (1872-1922)

samedi 30 mai 2015

LA FÊTE DES VOISINS

Dans ce blog satirique, les personnages sont sortis de l'imaginaire et de stricte invention : toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé et toute homonymie avec des noms propres ou des noms privés ne serait que pure coïncidence.





carte humoristique




Chacun sait que la vie n'est qu'un océan de contrariétés où surnagent parfois - heureusement - quelques nappes de bonheur. 

Les fêtes de voisins à Garsson devraient figurer dans ces quelques nappes depuis qu'Atanase Périfan eût l'idée originale et géniale, en 1999, d'instaurer, partout en France, la fête des voisins. D'origine macédonienne, Atanase Périfan aurait pu devenir le symbole d'une réconciliation nationale mais il fut un farouche opposant du mariage pour tous...  

La fête des voisins est devenue une institution car le concept a été repris par tous les bobos et voilà une bonne occasion de se divertir en "bonne" compagnie. Les conseillers élus en 2008 en ont fait un rituel et une photo de leurs agapes figure en bonne place dans la feuille de chou municipale "Les pieds dans l'eau".

A Garsson, en juin dernier, c'était une fête des voisins comme tous les bons français affectionnent. Un moment de partage autour d'un pique-nique où l'on est sensé apprendre à se connaître. 

Tous les voisins ont été conviés mais deux couples ont carrément décliné l'invitation au prétexte que "les gens se tirent la bourre" le restant de l'année, ils ne voient franchement pas l'utilité de partager un pique nique avec eux (sic). Voilà au moins pour une fois - et une fois n'est pas coutume - ce que j'appellerais plutôt un franc parler ! 

Autour des palets, les rires fusent. "QUE DEMANDE LE PEUPLE ?" s'interrogeait (déjà) César (précision : Jules l'Empereur) : "DU PAIN et DES JEUX !". Donc voilà, il faut rendre à César... car plus de deux millénaires après lui, rien n'a changé.

Avant de se joindre à la petite réunion conviviale, certains sont passés par la cave et sur la grande tablée, il y a une profusion de bouteilles en tout genre. Le soleil est généreux, l'apéritif sur les tables. Une vieille demoiselle anglaise qui vient en villégiature ici, chaque été, est chaleureusement accueillie et chacun est invité à lever son verre "à l'entente cordiale !". 

Ainsi donc, à Garsson, village imaginaire du bord de la Pris, cet après-midi là, ça riait beaucoup, ça parlait fort mais c'était que du bonheur. Le bonheur à l'état pur, il est aussi dans une bouteille de rosé tout frais sorti de la cave par deux ou trois "pas tristes" poussant la chansonnette. Tous les voisins - sauf les absents - se sont donc installés le long de la Pris et savourent l'instant présent.


Deux pêcheurs sous un parasol de l'autre côté de la rive les gratifient d'un "Bon appétit" auquel la petite assemblée, polie, répond par un très sonore "Merci" et l'on voit même l'un d'entre-eux bondir de sa chaise en brandissant une bouteille de Ricard en guise de trophée. Puis, rapidement, l'apéritif avalé, le "conviviat" se met à table brûlant d'attaquer les nourritures terrestres.

Avant que les saucisses-merguez ne crament sur le grill du barbecue, les entrées arrivent sur la nappe des agapes, une guêpe descend en "piqué" sur le melon coupé en tranches tandis qu'une mouche fait des arabesques au-dessus d'un pot de rillettes de Tours. Mais rien qui n'altère la bonne humeur des convives ! Sauf, Eusèbe - paysan de son état - qui, sous l'effet de la chaleur et du bon vin, eut brusquement l'humeur belliqueuse et chagrine.

Il libéra sa bile contre les politicards véreux du canton, ceux que l'on ne voit jamais venir quand on en a besoin, qui ne se déplacent jamais pour apporter leur soutien sauf les jours des comices quand il s'agit d'y lever le coude. Rapidement, il enchaina sur des histoires polissonnes. 

Quand vient l'apparition des desserts, tous les yeux des gourmands sont rivés sur une charlotte aux poires et au chocolat et sur des tartes aux fruits rouges confectionnées par de bonnes pâtissières. Le goût de la charlotte est vraiment succulent, il fond tout simplement dans la bouche, "quand çà descend dans l'estomac, c'est comme le Bon Dieu en culotte de velours !" comme se plaisait à le dire, mon beau-père, dans les repas de famille, lui qui avait la faconde facile.  

A peine vides, une nouvelle rasade emplit les verres en même temps qu'elle réchauffe les cœurs. De la politique on est passé à des sous-entendus graveleux sur les édiles garssonnais. Les plaisanteries s'encanaillent, les convives sont de plus en plus bruyants et les chansons de plus en plus grivoises, quand soudain, entre la poire et le fromage, ulcérée d'entendre des gauloiseries, la vieille dame british aux oreilles chastes, s'indigne et se met en colère. Brusquement, on n'entend plus que les merles chanter !

Depuis des siècles et bien avant Cambronne, les Français adorent que, sous une forme ou une autre, mais dans un langage direct, on dise merde au roi d'Angleterre qui nous a déclaré la guerre.

Les Garssonnais, là-dessus, ne sont pas en reste et, aussitôt, un convive bilingue mais passablement éméché lui a lancé deux ou trois jurons dans la langue de Shakespeare ; jurons soi-disant difficiles à traduire en français. Honni Soit Qui Mal Y Pense mais chacun a pu interpréter à sa façon et, dans sa langue maternelle, ces blasphèmes proférés de façon insolente à une représentante d'un pays voisin - voisin mais néanmoins ami - et de surcroît, sujet de sa Très Gracieuse Majesté.  Tout cela a jeté un froid sur le repas champêtre et l'entente cordiale en a pris un coup.

La vieille dame n'a pas cherché à savoir d'où la salve avait été tirée : outragée et désarçonnée, elle s'est empressée de retraverser la rue pour se réfugier dans sa résidence d'été, la cuirasse un peu déglinguée.

De la politique, des chansons paillardes et du vin rouge, c'est toute la France résumée en un jour ! 




image empruntée à www.quoidefun.fr
 
                                                                

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