Chronique d'un village

Ce blog est destiné à vous narrer sous une forme satirique et humoristique les petites histoires d'un village que j'ai surnommé Garsson - c'est un village imaginaire que vous ne trouverez donc nulle part dans l'annuaire des villes et villages de France - mais il comporte de nombreuses analogies avec celui où je vis depuis une trentaine d'années.

Pendant tout ce temps et suite à des évènements divers, j'ai connu tous les ingrédients qui pourraient alimenter une sorte de gazette de village - celui-ci pourrait d'ailleurs se situer partout et n'importe où dans l'hexagone - à travers ses mœurs séculaires, ses non-dits et ses petites querelles mesquines.

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher.
Ils meurent, doucement, avec le bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher...

Henry Bataille (1872-1922)

mercredi 17 mai 2017

LE VILLAGE AUJOURD'HUI C'EST COMME LA PLAINE DE WATERLOO AU TEMPS DE NAPOLÉON : MORNE AU POSSIBLE !



Quand j'étais collégienne, j'ai appris un poème de Victor Hugo celui dont le premier vers est resté célèbre :

  "Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne Plaine !

    Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine !
                                                    .....
    Ô Waterloo ! je pleure et je m'arrête, hélas !"


C'était lugubre, c'était "morne" et récité d'une voix sépulcrale. A nous ficher la trouille. Par dessus le marché, le français nous était enseigné par un professeur nommé Mr Morne. L'atmosphère était donc complète à l'unisson de la poésie de Victor Hugo car ce Monsieur était froid et sévère. On avait intérêt à bien l'apprendre et c'est pour çà que je la connais encore presque par cœur.

Cela nous éloigne de Garsson mais quand j'ai traversé le bourg dernièrement, j'ai repensé à "Waterloo, morne plaine" sauf que je n'arpentais pas la plaine du Brabant comme Napoléon au soir du 18 Juin 1815 mais j'étais dans la rue principale du village. Changement de décor !

Dans cette rue, il y avait, il y a encore pas si longtemps, un restaurant qui contribua beaucoup à la renommée du patelin car il était situé près du barrage dont il portait le nom. On y mangeait une cuisine simple du terroir mais il était surtout réputé pour sa terrasse ouverte sur la rivière qui donnait à la belle saison un aspect plaisant avec ses tables de jardin et ses parasols, un air de villégiature. Les clients de la terrasse s'amusaient à regarder les pêcheurs venir taquiner le goujon à l'entrée du canal (le sandre en hiver) et les promeneurs musarder sur le chemin de halage. Des conversations s'engageaient sur le charme  des lieux et la couleur du temps ... C'était la qualité de la vie, c'était convivial. 

Désormais, rideau baissé, basta sur les tables et chaises de jardin sur la terrasse, le resto est fermé. De voir ce rideau noir à la place de la vitrine : quelle tristesse de se rappeler le bon temps. Sur la terrasse, n'en parlons pas ... 

Un autre constat en marchant vers l'église : le nombre de maisons vides s'est accru.
Je crois que c'est le même phénomène dans tous les villages et villes moyennes mais là, nous sommes tout de même pas loin de la grande ville. L'étalement urbain joue pour beaucoup et maintenant avec la nouvelle loi ALUR, on va accentuer cette densité d'urbanisation en dehors du bourg.

La France se révèle particulièrement touchée par cet assèchement des centre-bourgs. D’une part, parce que notre pays a toujours refusé de regrouper ses 36 000 communes, préférant procéder à des regroupements intercommunaux, ce qui a octroyé à chaque maire un pouvoir très important sur le territoire de sa commune. Trop important parfois par rapport aux aptitudes de certains. 

A gauche, en face la maison du passeur il y avait un bistrot ; il avait pris un sacré coup de vieux mais les nostalgiques ne l'ont pas oublié et il évoquait si bien la France des clochers, je parle du "Gardon Frétillant" du temps de Marie. On y accédait par quatre marches et on le désignait souvent sous le nom de "bistrot des quatre marches". Marie, on l'aimait bien et elle avait le don de plier du papier en forme de cônes pour les enfiler sur le goulot de ses bouteilles en guise de bouchon. Il y avait son compagnon René qui faisait la cuisine (le café se transformait en restaurant quand il en avait envie). C'étaient de bons vivants René et Marie, c'était le bon temps. 


Le restaurant a été vendu après la mort de Marie il y a de cela presque trente ans mais il n'a jamais été rénové avec goût depuis qu'il a été transformé complètement en maison d'habitation. On a l'impression que cette réfection a trainé en longueur puis bâclée, aucun cachet : c'est du gâchis.

Plus loin, à quelques mètres, il y a la boulangerie qui a souvent changé de gestionnaire. C'est au moins le cinquième ou le sixième depuis que je vis ici.
Devant l'entrée, il y a une énorme touffe d'herbe qui doit plaire aux habitants ou alors peut être est-elle indéracinable ... Bientôt ils vont pouvoir faire pousser du blé et celui-ci n'aura même pas besoin de faire tout le circuit de production : direct dans le fournil du boulanger.