Chronique d'un village

Ce blog est destiné à vous narrer sous une forme satirique et humoristique les petites histoires d'un village que j'ai surnommé Garsson - c'est un village imaginaire que vous ne trouverez donc nulle part dans l'annuaire des villes et villages de France - mais il comporte de nombreuses analogies avec celui où je vis depuis une trentaine d'années.

Pendant tout ce temps et suite à des évènements divers, j'ai connu tous les ingrédients qui pourraient alimenter une sorte de gazette de village - celui-ci pourrait d'ailleurs se situer partout et n'importe où dans l'hexagone - à travers ses mœurs séculaires, ses non-dits et ses petites querelles mesquines.

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher.
Ils meurent, doucement, avec le bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher...

Henry Bataille (1872-1922)

mardi 26 mai 2009

GARSSON S'IL VOUS PLAIT !


 
Dans ce blog satirique, les lieux et personnages sont sortis de l'imaginaire et de stricte invention :
Toute  ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé et toute homonymie avec des noms propres et des noms de lieux privés ne serait que pure coïncidence.







Nous étions, mon mari et moi-même, issus d'une famille de gens simples mais lui était né et avait grandi dans une grande ville à la réputation plutôt bourgeoise alors que chez nous, mon père étant mineur, j'ai passé toute ma jeunesse dans une localité minière. L'histoire de notre cité fut d'ailleurs marquée de hautes luttes sociales dont le principal "fait d'armes" fut la création d'une société secrète qui avait eu pour seul objectif et non des moindres de renverser le régime de Napoléon III pour une rétablir une république démocratique sociale !

Je me souviens d'ailleurs des bals dans la salle des fêtes qui ne date pas d'hier (pas comme celle de GARSSON) mais qui était immense avec un estrade très imposant au fronton duquel on on pouvait lire : "GLOIRE ET HONNEUR A L'ECOLE LAIQUE. TOUT CITOYEN AU PAYS DU SUFFRAGE UNIVERSEL DOIT SAVOIR LIRE ET ECRIRE"
Alors là, c'est dire les pensées dominantes de cette cité ouvrière et très rouge à l'époque ! D'ailleurs cette salle a connu de nombreux conflits qui commençaient quelques fois à prendre un "tour un peu physique".

Mais tout cela nous éloigne de GARSSON que ma mère détesta aussitôt et me le fit sentir dans un premier temps. Elle qui avait connu une jeunesse très laborieuse puisqu'elle était née dans une ferme me fit comprendre que si notre souhait était de vivre dans ce village rural de GARSSON, nous allions vivre dans un environnement qui était aux antipodes de ce que nous avions vécu jusqu'alors. Moi, je lui répondis que le souhait était une chose, le porte-monnaie, une autre... Il est certain que lorsque nous démarrons dans la vie, le prix de l'immobilier à cette époque comme aujourd'hui est moins
coûteux à la campagne qu'à la ville.


Ma mère a disparue depuis douze ans et je réalise aujourd'hui ô combien elle avait raison. Elle avait vu dans quel environnement rural nous allions vivre et qu'il ne nous conviendrait pas nous qui venions d'une grande ville bourgeoise. Les paysans sont des gens simples mais qui vous rejettent dès lors que vous n'agissez pas pour leurs intérêts, uniquement leurs intérêts. Ils vous rendent service à conditions de le leur rendre au centuple. Et il faut bien reconnaître qu'à Garsson, nous fûmes bien servis.   

Nous avons cependant, peu après notre installation, noué une relation amicale avec un vieux couple de paysans qui vivaient encore comme au XIX° siècle. Ils se déplaçaient dans une sorte de petite carriole qui avait duré toute une vie comme leurs vêtements qui avaient dû faire le même usage. La vieille dame était en particulier toujours habillée plus ou moins en noir avec un chapeau de paille pour se protéger du soleil en été. Ils ne pouvaient imaginer les engins agricoles, les tracteurs, et le cercle infernal de dettes dans lequel vont plonger des générations d'agriculteurs car ils économisaient sou par sou et ne devaient rien à personne : surtout pas !

Le vieux monsieur se faufilait en été sous la clôture mitoyenne de nos jardins pour nous offrir un melon choisi parmi ceux qu'il cultivait avec soin et précautions dans son potager. Nous avions ordre de ne rien dire à sa femme : elle n'était pas "radin" mais économe et comme ils produisaient tout ce qui était nécessaire aux besoins quotidiens, il ne fallait rien donner de peur d'en manquer.

Ce fut les gens les plus formidables qu'il me fut permis de rencontrer depuis près de quarante ans que je vis ici : des témoins d'un autre âge et d'une moralité exemplaire.











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