Chronique d'un village

Ce blog est destiné à vous narrer sous une forme satirique et humoristique les petites histoires d'un village que j'ai surnommé Garsson - c'est un village imaginaire que vous ne trouverez donc nulle part dans l'annuaire des villes et villages de France - mais il comporte de nombreuses analogies avec celui où je vis depuis une trentaine d'années.

Pendant tout ce temps et suite à des évènements divers, j'ai connu tous les ingrédients qui pourraient alimenter une sorte de gazette de village - celui-ci pourrait d'ailleurs se situer partout et n'importe où dans l'hexagone - à travers ses mœurs séculaires, ses non-dits et ses petites querelles mesquines.

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher.
Ils meurent, doucement, avec le bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher...

Henry Bataille (1872-1922)

jeudi 7 juin 2012

PREMIERES ANNÉES A GARSSON SUR PRIS














Dans ce blog satirique, les lieux et personnages sont sortis de l'imaginaire et de stricte invention :
Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé et toute homonymie avec des noms propres et des noms de lieux privés ne serait que pure coïncidence.









Les premières années à GARSSON se passèrent joyeusement à découvrir la campagne des alentours. GARSSON était à l'image de tous les villages de France et de Navarre : champêtre à souhait.

Cependant, un an à peine après notre aménagement, mon mari repris par son "démon du ballon rond" entrepris une aventure "pas piquée des hannetons". Il voulut créer un club de football à GARSSON car dans les villages environnants, dans le FLAGRE-en-DELIRE, les clubs footballistiques étaient moribonds et ce projet d'association sportive de football à GARSSON le démangeait fortement.

Dans le conseil municipal des années 60, la mixité sociale n'était pas le propre de GARSSON et les intérêts défendus s'y ressentaient. Par exemple, des terres agricoles en bordure d'une route de campagne située à 4 kms du bourg ont été étrangement transformées en terrains à bâtir, et cela, sous le seul prétexte que le propriétaire retraité de son exploitation était conseiller ou adjoint !  Ce qui a amené les derniers élus en place - et ce, par esprit de justice - à ne pas défavoriser les descendants des autres agriculteurs qui héritaient également de terres à culture d'octroyer celles-ci terrains à bâtir.

Les élus de ces années n'avaient qu'une connaissance limitée, partielle, confuse voire erronée des lois et des règlements. Ils ne se reposaient en cela que sur le secrétaire de Mairie qui était encore l'instituteur du village, dévoué et méritant mais qui avaient d'autres chats à fouetter.

Bref, pour faire "bouger" les choses, il fallut faire intervenir les relations et l'une d'entre-elles et non des moindres était le député du secteur qui avait été ministre successivement sous Pompidou et Giscard d'Estaing. Nous ne connaissions pas personnellement Monsieur le Député mais un ami commun le côtoyait souvent. En réaction  à cette intervention -nous étions en période électorale - le Maire de Garsson écrivit à la jeune association sportive pour lui signifier qu'elle prenait en charge le déplacement de la ligne B.T. qui survolait le terrain et qu'elle mettait à sa disposition un local en bois qui pouvait en quelque sorte servir d'abri vestiaire. D'autre part, la Municipalité votait une subvention exceptionnelle de 3000 F et précisait qu'elle apportait son appui moral et financier. Ouf ! pour des élus qui ne voulaient rien entendre auparavant, un grand pas en avant avait été franchi.

Il faut dire qu'un seul terrain paraissait se prêter à une transformation en terrain de football, il était situé le long du canal, c'était un"champ de patates" loué par un paysan du village voisin à un propriétaire minotier en Normandie. 

Devant le fait préoccupant que de nombreux Garssonais évoluaient dans les clubs environnants, il convenait donc de créer un club. Mon mari prit contact avec des personnes du village susceptibles d'être intéressées et aussitôt un véritable engouement s'est opéré.

Appréciant tous cette idée, une campagne d'affiches fut lancée en janvier 1978 chez les commerçants et quelques 90 candidatures furent enregistrées. C'était un début. Il faut dire, à ce titre, qu'aucune discipline sportive n'avait jamais fait son apparition à Garsson.
Ainsi, c'est avec 90 joueurs dont 50 jeunes et 40 seniors que la première saison démarra  démontrant à quel point un club de football était attendu à Garsson. Cela ne fit qu'accélérer les choses et une assemblée générale était tenue en mars 1978 dans le but de former un bureau et les différentes équipes.Même si chacun était conscient du chemin qui restait à parcourir, la volonté affichée par les uns et les autres devait mener les joueurs vers un championnat de football dès la première saison 1978/79.

Il restait à résoudre le côté matériel avec le terrain et les vestiaires. Accord avait été donné par le propriétaire qui louait son terrain au producteur de pommes de terre. Finalement, dans un premier temps, ce terrain a été sous-loué par le cultivateur jusqu'à la fin du bail qu'il le liait au propriétaire.

Comme la chance était avec nous, un conseiller un peu plus "évolué" que le reste du conseil consentit à le faire transformer en terrain de jeu puis en pelouse pour la pratique du football. C'était inespéré car la jeune association n'avait pas d'argent !

Mais le terrain aménagé, les dirigeants n'étaient pas encore à bout de leurs peine. En effet, deux poteaux de corners se situaient sur le champ du voisin ce qui a nécessité l'obligation de faire accepter un échange de terrain par les parties concernées.

Bref, il fallait en "vouloir" car il y eut beaucoup de difficultés à résoudre et beaucoup de négociations à mener avant que la pratique du football puisse s'exercer à Garsson.      

Les membres du comité de Direction travaillèrent inlassablement à l'aménagement du terrain par la pose de clôture et de main courante ainsi qu'à l'aménagement de l'abri vestiaire gracieusement mis à disposition par la Municipalité. Enfin, en septembre 1978, le terrain est prêt à être inauguré en présence du président de la Ligue. Heureusement, les normes à l'époque n'étaient pas encore ce qu'elles sont aujourd'hui et la commission qui homologua le terrain n'était pas trop regardante...


Le bilan de la première année de l'équipe première fut plus que satisfaisant en accédant à  la promotion de seconde division tandis que les autres équipes obtinrent de bons résultats.
Au cours de la seconde saison, l'effectif du club s'est trouvé renforcé d'une équipe féminine ce qui porta le total à plus de cent licenciés. Par contre, cela n'a pas renforcé la mentalité car ces demoiselles ont toutes eu la "grosse tête" et l'ambition de jouer à un haut niveau ce que le club ne pouvait leur permettre. Ne pouvant obtenir satisfaction dans leurs exigences pécuniaires rapidement cela a créé une espèce d'animosité au sein du club.  

Avant que le club de football fut créé dans le village de Garsson, celui-ci était tombé en léthargie, il s'est brusquement réveillé car l'association a organisé diverses animations, telle que des kermesses annuelles pour récupérer de l'argent, une soirée chaque hiver au cours de laquelle un buffet campagnard réunissait les joueurs et leur famille dans une ambiance très conviviale ainsi qu'un méchoui dans l'enceinte du stade.

Quelques commerçants s'étaient proposés pour être dirigeants du club, ils furent bien évidemment accueillis sans problème. Si quelques uns d'entre-eux le firent sans arrière-pensée de récupération quelconque, l'un d'entre-eux, l"aubergiste du "Brochet solitaire", voulut que son pseudo-poste de dirigeant au club lui rapportât quelques espèces sonnantes, n'hésitant pas à convier dirigeants et joueurs, notamment les soirs de kermesse où tout le monde avait bien travaillé,  pour une surprise-party dans son établissement en facturant les consommations au prix fort. Les finances du club n'étaient déjà pas terribles et voilà que  des commerçants voulaient "plumer" les courageux bénévoles : en ce qui le concerne cette attitude lui valut l'éviction du bureau.     

Toutes ces activités amenèrent du dynamisme à Garsson puis les dirigeants et joueurs en réclamèrent encore plus. Mon mari était toujours président du club en 1982 quand un échange avec un club alsacien fut élaboré suite à une visite à un président de club au cours de nos vacances en Alsace au cours desquelles cet échange fut décidé. Ce fut un voyage mémorable, trois jours de "java"...

A partir de ce voyage effectué dans le cadre sportif, une espèce de jalousie malsaine et mal placée s'est installée dans le club et a pourri la bonne ambiance que les membres entretenaient jusqu'alors. Certains ont invité la politique au milieu du sport. Lassé des attaques sordides et mesquines que certains joueurs portaient à l'encontre de dirigeants dévoués et irréprochables et en dépit des bons résultats qu'obtenaient les équipes, mon mari démissionna, ne voulant plus en supporter et dix de ses dirigeants le suivirent.

Dès la saison 1982/83, de nouvelles recrues tant au niveau des joueurs que de l'encadrement avaient créé une mauvaise ambiance, des placements dans les équipes ont été contestés. Rapidement, des dissensions sont apparues entre les "stars" de la première division qui avaient la "grosse tête" et certains dirigeants tandis que d'autres étaient des clients assidus de la buvette du stade pendant la troisième mi-temps s'acharnant plus à propager des ragots qu'à taper dans le ballon pendant les matchs. 

Rapidement, ce climat général s'est ressenti dans les résultats et les plus virulents à semer la zizanie ont été les premiers fossoyeurs du club. Mais bon, avec le recul, on se dit que c'est comme dans la politique : que ce soit un groupe de gens dévoués à une cause ou un club sportif, il arrive toujours des gens pour "casser" ce que d'autres ont eu tant de mal à mettre sur pied.
carte humoristique


  

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