Chronique d'un village

Ce blog est destiné à vous narrer sous une forme satirique et humoristique les petites histoires d'un village que j'ai surnommé Garsson - c'est un village imaginaire que vous ne trouverez donc nulle part dans l'annuaire des villes et villages de France - mais il comporte de nombreuses analogies avec celui où je vis depuis une trentaine d'années.

Pendant tout ce temps et suite à des évènements divers, j'ai connu tous les ingrédients qui pourraient alimenter une sorte de gazette de village - celui-ci pourrait d'ailleurs se situer partout et n'importe où dans l'hexagone - à travers ses mœurs séculaires, ses non-dits et ses petites querelles mesquines.

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher.
Ils meurent, doucement, avec le bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher...

Henry Bataille (1872-1922)

samedi 6 octobre 2012

AU BAR DU "PÊCHEUR ASSOIFFÉ"


Dans ce blog satirique, les personnages sont sortis de l'imaginaire et de stricte invention : toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé et toute homonymie avec des noms propres ou des noms privés ne serait que pure coïncidence.







Dans la salle du bar du "Pêcheur assoiffé", c'est radio libre. Que les édiles communales soient de droite ou de gauche comme aujourd'hui, le café reste le bastion de l'opposition municipale en place et les langues vont bon train... des langues de vipère qui démontent, démolissent, affolent, batifolent ou extrapolent avec la complicité du tenancier. Tout ce petit monde de la parlote a depuis belle lurette remplacé les commérages des lavandières de la Pris et, en période pré-électorale, il s'acharne avec une jubilation intérieure sans nom.

Le Patron du "Pêcheur assoiffé" s'échinait il y a quelques années sur l'autre café de Garsson "Au gardon frétillant, un vieux zinc que les nostalgiques n'ont pas oublié. Les deux bistrots se faisaient une guerre sans merci mais depuis, le café concurrent a fermé, ne pouvant plus rivaliser avec les "canailles" du "Pêcheur..."  


Pénétrant dans le troquet, juste avant l'heure de midi, "midi, l'heure du berger" pouvait-on lire dans le paysage publicitaire des années 50 ; bref, à cette heure-là, c'est le coup de feu au bar du Pêcheur  et, aussitôt, des effluves de Ricard nous assaillent tandis que deux papys font de la résistance, attablés au fond de la salle avec un ballon de rouge. 

Près du bar, un adorateur du "beaujolpif" , un accoudé des comptoirs déblatère avec brusquerie comme on se libère d'un poids, il vomit sur son existence ratée, la débine, la poisse qui lui colle... toutes ces aigreurs, c'est la "poésie" des zincs ...

Mais ceux qui viennent s'épancher et qui déchargent leur bile n'ayant rien d'autre à faire : ceux-là avec leur déprime n'intéressent guère. Ceux qu'on vient surtout voir causer ce sont surtout les soiffards qui viennent parler de tout et de rien en égratignant un peu ceux qui "ne plaisent point", les ragots toujours répétés sur les mêmes familles. Sans ces "orateurs", tous les habitués du bistrot seraient manifestement bien désœuvrés.

Le Maire dont le gosier est légèrement en pente est un habitué des caves de l'aubergiste et ses bourdes alimentent les conversations de bistrot. Mais, que les consommateurs voient le shérif traverser la place avec son élégance coutumière et se présenter au "Au Pêcheur assoiffé", aussitôt tous ceux qui, à l'instant même, glosaient sur lui, brusquement clouent le bec  - c'est le silence des agneaux -  et les courbettes reprennent : "pour se mettre au niveau d'une couleuvre, il faut savoir ramper"...

Le Maire rapporte de la Mairie un courrier en provenance d'une association d'adeptes de l'ultra léger motorisé concernant une demande de terrain qui pourrait servir de décollage à des ULM, mais, à en croire le premier magistrat c'est encore un projet de "farfelus" : ce courrier est désormais une affaire qui fait surtout beaucoup de mousse avec peu de savon.

Voilà qui nourrit des discussions fort animées autour du comptoir car, dès la connaissance du projet, les premières affabulations fusent de toutes parts. Des clients confondent un terrain de décollage pour baptêmes en ULM avec un terrain d'aviation pour avions en tout genre : le Maire tente aussitôt de rassurer et de minimiser l'utilisation dudit terrain mais cela ne va pas empêcher la rumeur de partir à la dérive le long de la Pris, de s'amplifier et de voguer jusqu'à Perpette, au bord de l'éclatement. Elle court, elle court... la rumeur.

Excédé sans doute par la tournure que prennent les évènements en voyant cette affaire gonfler comme un ballon de baudruche, le Maire tourne les talons au prétexte d'aller admonester quelques vauriens dans la commune. Notre redresseur de bretelles a, à peine, le dos tourné que les potins et les railleries reprennent. 


Il y a bien longtemps que les prises de la Pris n'assoiffent plus les pêcheurs mais bon gré, mal gré, les piliers du bistrot sont rivés au comptoir et délirent sur tout et son contraire.   





 

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