Chronique d'un village

Ce blog est destiné à vous narrer sous une forme satirique et humoristique les petites histoires d'un village que j'ai surnommé Garsson - c'est un village imaginaire que vous ne trouverez donc nulle part dans l'annuaire des villes et villages de France - mais il comporte de nombreuses analogies avec celui où je vis depuis une trentaine d'années.

Pendant tout ce temps et suite à des évènements divers, j'ai connu tous les ingrédients qui pourraient alimenter une sorte de gazette de village - celui-ci pourrait d'ailleurs se situer partout et n'importe où dans l'hexagone - à travers ses mœurs séculaires, ses non-dits et ses petites querelles mesquines.

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher.
Ils meurent, doucement, avec le bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher...

Henry Bataille (1872-1922)

jeudi 7 juin 2012

LA SIESTE MASSACRÉE




Dans ce blog satirique, les lieux et personnages sont sortis de l'imaginaire et de stricte invention :
Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé et toute homonymie avec des noms propres et des noms de lieux privés ne serait que pure coïncidence







  carte humoristique

"Contre la pollution des villes, un seul remède, l'air pur de la campagne"



Dans l'étuve d'un début juillet comme on aimerait en savourer chaque année, clouée à mon fauteuil,  je regarde, alanguie, la télé.  Je ne suis pas allée jusqu'au bout de l'étape alpestre du Tour, le Tour qui anime les journées ensoleillées des mois de juillet avec une énorme puissance médiatique malgré les scandales.

Donc, le tour, c'est rituel c'est un rendez-vous télévisuel mais l'heure qui suit le déjeuner est redoutable et nous happe après la digestion. J'ai subitement les yeux en "capotes de fiacre" en regardant Thomas Voeckler et ses coéquipiers. Je flotte dans une tiède torpeur et je sombre littéralement en apesanteur oubliant l'ouvrage et le quotidien. Dans un air irrespirable, rien n'y a fait, pas même les commentaires laborieux de deux journalistes ni les cris des spectateurs hurlants comme des assaillants dans les lacets du col d'Izoard. 

Soudain... dang, dang, dang, dang... que se passe-t-il ? j'émerge brutalement des profondeurs de la ouate : c'est le voisin d'en face qui tape comme un damné sur les tôles de son appentis. Me voilà brusquement ressurgir dans la banalité du quotidien : fini le rêve de piscine, de menthe à l'eau avec des gros glaçons.

Puis j'entends des voix venues du tréfonds du jardin, visiblement c'est le voisin d'à côté qui interpelle sa femme et s'inquiète du sort de sa chemise :

- "Ma chemise, où c'est-t'qu'tu l'a mise, Artémise ?"

-"Attends un peu qu' j'rrr'passe le col Anatole !" 
 

Eh bien, voilà : les coureurs du Tour n'ont pas tous passé le col que pendant ce temps-là ma voisine, elle, repasse le col de.... chemise de son Pompier de mari car il doit défiler, cet après-midi, en tant que chef du Corps des sapeurs pompiers dans les rues du chef-lieu de canton.

En attendant, je me raccroche à ma bouée, je refais surface et cette satanée mobylette qui pétarade encore... Je me tourne vers ma télé pour voir si les coureurs sont toujours là, le peloton s'effiloche et plonge dans une descente vertigineuse vers Briançon. Moi, par contre, il ne faut pas que je replonge alors je me lève.

Les coups de marteau du couvreur d'en face et la repasseuse d'à côté qui rit grassement et voilà la sieste massacrée. C'est un constat, avec ou sans sieste, les gens sont bruyants et bien sûr, on les entend surtout dès que les beaux jours reviennent : musique, bruits de tondeuse, rire en cascade.

Un autre voisin récalcitrant et "sans foi ni loi" se prend pour un conducteur d'engins de travaux publics. Au volant de tracteurs appartenant à ses beaux-parents fermiers ou encore perché sur un tractopelle, il assourdit tout le voisinage de bruits intempestifs jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Le Maire peut bien en écrire une page entière dans le bulletin "Les Pieds dans l'eau" : "Mieux vivre ensemble à savoir que l'utilisation d'engins à moteur ne se font pas après 20 heures le soir, le dimanche et les jours fériés" notre voisin n'en a cure.

Récemment, d'autres propriétaires se plaignant régulièrement de ses agissements sont allés en délégation pour avoir une mise au point. Les voilà partis décidés et remontés, la langue aiguisée comme un couteau de cuisine. Tout était si tendu d'électricité que la moindre phrase aurait pu être vécue comme une provocation, mettant le feu aux poudres.
Le voisin récalcitrant, d'ordinaire affable, visiblement nerveux tente de s'expliquer sur sa façon de faire du bruit jusqu'à une heure tardive en prétextant que lui, il travaille toute la semaine, qu'il faut bien qu'il trouve le temps de tout faire... donc sous-entendu que "vous, les retraités qui n'avez rien à foutre, allez vous rhabiller.  Je ne connais pas de règlement qui interdit de travailler et le travail de la terre ne s'arrête que lorsque le soleil est couché".

 "Faites ce que vous voulez, a décidé le Dieu, mais faites taire ce vacarme de guerre qui m'empêche de rêver !"  Gérard Klein dans les "Seigneurs de la Guerre".


 


Carte humoristique empruntée à lecoindefranie.centerblog.net

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